« Quand la Seine se jetait dans la mer au large du Finistère
Naissance et formation d’un fleuve »
A l’origine, un fleuve subtropical puis arctique.
Il y a trois millions d’années, la Seine était très différente du fleuve canalisé que nous connaissons aujourd’hui. A la fin de l’Ere Tertiaire, la Loire et la Seine ne constituaient qu’un seul fleuve qui prenait sa source dans le Massif Central. La présence de certains minéraux dans les alluvions les plus anciennes nous en fournit la preuve : les sables " gros sel " proviennent de la décomposition du granit, roche étrangère au Bassin Parisien et les " grosses pierres " blocs de grès aux formes arrondies, extraites des sablières ne proviennent pas de notre région.
Une alternance de périodes de glaciation et de périodes de climat subtropical va modeler la vallée du fleuve pour lui donner l’aspect que nous lui connaissons aujourd’hui.
C’est donc l’histoire géologique de la Seine que nous voudrions vous faire découvrir.
La Loire et la Seine se séparent.
Le fleuve unique à l’origine de la Seine comprenait donc la haute Loire qui coulait du sud vers le nord et la Seine qui coulait de l’est vers l’ouest. La jonction des deux fleuves se serait située vers la vallée du Loing. La Seine décrivait de larges boucles et se divisait en de nombreux bras instables dans une pénéplaine à peine au-dessus du niveau de la mer.
A quelle époque se produit la séparation ? Les savants ne sont pas d’accord sur la date.
Quels sont les phénomènes géologiques qui ont provoqué cette séparation ? Ce sont les mouvements de la croûte terrestre résultant de la formation du Massif Alpin. Les bords du Bassin Parisien se sont relevés créant ainsi une ligne de hauteurs qui a obligé la Loire à creuser une nouvelle vallée vers l’ouest. Le plateau haut-normand se soulève et la Seine va devoir creuser son lit dans la craie pour rejoindre la mer Sans les profondes modifications du climat du début de l’Ere Quaternaire, cette vallée serait aujourd’hui un canyon ressemblant à celui du Colorado.
La Manche à sec.
Depuis 12 000ans, nous bénéficions d’un climat tempéré, cet épisode interglaciaire est d’une durée exceptionnelle : les périodes glaciaires représentent 80%de la durée de notre ére quaternaire ! Il y a 18 000ans,toute l’Europe du Nord était recouverte d’une couche de glace épaisse de 3 000m en certains endroits. Le climat de notre région ressemblait alors à celui de la Sibérie. Une très grande partie de l’eau de la planète Terre était alors stockée dans ces glaces. Conséquence : le niveau des mers avait baissé de 120 m ! La Manche était à sec. tous les fleuves du Nord de l’Europe dont la Seine et la Tamise se jetaient dans la mer au large du Finistère. Ces conditions climatiques vont façonner la vallée de la Seine pour lui donner l’aspect que nous lui connaissons aujourd’hui.
Les périodes glaciaires façonnent la vallée de la Seine.
La Seine de cette époque glaciaire ressemblait aux fleuves de l’Alaska. Elle s’étalait en de multiples bras au fond de la vallée, entre les amas de cailloux, de graviers et de sable qu’elle déplaçait ou qu’elle déposait selon la force du courant. Lors des grands froids, le fleuve était entièrement pris par les glaces. Les périodes de réchauffement provoquaient des débâcles énormes, le débit de la Seine était alors quarante fois supérieur à son débit actuel : si la profondeur moyenne du fleuve est aujourd’hui de 4 m, on peut donc estimer la hauteur de l’eau au moment de ces débâcles à 160m, c’est-à-dire la hauteur de l’Hautil.
Les matériaux transportés, surtout les silex, creusaient les rives et les niveaux successifs provoquaient la formation de terrasses. C’est ainsi que l’Hautil a été modelé avec sa face abrupte au-dessus de Triel alors que la rive gauche a reçu d’importants dépôts de sédiments qui ont formé une plaine alluvionnaire surmontée d’une série de terrasses qui s’élèvent progressivement vers la colline de Marsinval pour atteindre la même altitude que l’Hautil.
Parmi les sédiments déposés dans la plaine alluvionnaire et exploités par les sabliers, on a mis à jours beaucoup de " grosses pierres " citées plus haut. Ces " blocs glaciels " aux formes arrondies, pesant parfois plusieurs tonnes n’ont pu être transportés que par des radeaux de glace fondant progressivement lors de leur descente du fleuve.
Légendes des documents :
1. Au plus fort des glaciations, la Manche était à sec, la Seine et la Tamise se jetaient dans la mer au large du Finistère.
2 et 3. Pendant les glaciations, la Seine, en période de dégel, la Seine attaque le pied des falaises et provoque des éboulis. En période interglaciaire, le talus d’éboulis reste en place et forme une colline comme l’Hautil.