Interview de Philippe TAUTOU, maire de Verneuil
dimanche 10 février 2008.

A quelques mois des élections, le maire de Verneuil commente son action municipale. Gestion, voirie, économie, intercommunalité, sept ans ne lui ont pas été de trop pour réaliser au mieux toutes ses promesses électorales. Et après ? Dans cet entretien, Philippe Tautou nous livre quelques indices sur sa prochaine campagne électorale.

NDR : Sept ans passés à la mairie, de quelle manière avez-vous contribué à changer Verneuil ?

C’est aux Vernoliens qu’il faut poser la question. C’est à eux que je m’adresse dans la réalisation des travaux de la ville. Mais d’abord, il faut se souvenir d’où l’on vient. En 2001, à mon arrivée à la mairie, Verneuil était dans un état difficile. Il a fallu un an pour lancer un audit technique et financier. Le rapport m’annonçait que nous avions d’énormes problèmes financiers à résoudre. Trois raisons expliquent ces problèmes : d’abord des reports de facturations d’une année sur l’autre, ensuite parce que la ville s’était portée acquéreur de l’ensemble des terrains de la zone d’activité. Ces terrains devaient être payés par la nouvelle équipe. Enfin, mes prédécesseurs avaient lancé un très gros projet : la construction d’une piscine intercommunale et d’un complexe sportif. Quand nous avons appris que la piscine n’était pas financée, nous nous sommes posés la question de continuer ou pas ce projet. J’ai demandé à l’époque à mon directeur des services techniques de chiffrer l’annulation du projet, il m’a répondu que cela reviendrait à presque 50% du coût final de l’opération. L’opération dans sa globalité coûtait tellement chère qu’il nous était inenvisageable de perdre 50% de ce montant. De la même manière, pour le complexe sportif aucun plan de financement n’avait été programmé. En 2001, on est donc en face d’acquisitions foncières très importantes, ainsi qu’à des records de facturation de plusieurs millions. Ces engagements financiers de la commune ont fait que le rapport d’audit fut très préoccupant car Verneuil ne pouvait pas payer. Nous nous sommes rendus à la préfecture pour discuter le problème. Deux possibilités ont été envisagées : la mise sous tutelle ou l’augmentation d’impôts. Nous avons refusé la mise sous tutelle, pour nous ce n’était pas imaginable. Nous avons donc, par voie de nécessité, augmenté les impôts. L’année d’après, je présente un budget avec une augmentation de 25% des impôts. Cela me permettait de rembourser ce que nous devions et d’entrevoir la réalisation du complexe sportif et de la piscine. Pour éponger l’addition de nos prédécesseurs, il fallait augmenter les impôts de 22%. Nous sommes allés jusqu’à 25% pour d’une part à ne plus avoir à les augmenter ultérieurement et d’autre part pour nous garantir une marge de manœuvre suffisante pour nous permettre de rénover la ville avec des changements visibles, comme l’aspect extérieur ou l’entretien des façades des écoles. Sans cela nous n’aurions rien fait.

Tout le mandat s’est fait dans cet esprit. Nous avons cherché le moyen de faire des économies au niveau des trois grands centres de dépenses : Béjart, l’école de musique et de danse et la résidence pour personnes âgées. J’ai demandé à tous mes adjoints de faire des économies, chacun dans son domaine afin de faire autre chose. Cela a été aussi un travail en interne, chose qui ne se voit pas, dans notre propre organisation de la mairie. Nous voulions faire disparaître l’image d’une ville qui a augmenté ses impôts au profit d’une ville dynamique d’où la création d’animations puis de spectacles. Je suis aussi allé voir des personnes importantes pour demander leurs raisons de ne pas être venus s’implanter à Verneuil. Le frein : c’était le plan d’occupation des sols de l’époque qui bloquait tout. Trois ans et demi plus tard, nous sortions un nouveau Plan Local d’Urbanisme (PLU). Au fur et à mesure de ces actions, les mentalités ont changé. A partir de 2004, les Vernoliens ont vu différemment leur ville. Les efforts entrepris commençaient à donner leurs fruits. On a, par la suite, mis en œuvre une ligne de transport qui emmène directement à la Défense. Sur le parc d’activité, après avoir tout arrêté, je me suis donné un an pour tout réorganiser. J’ai relancé des études et négocié, avec des promoteurs, les terrains de la zone d’activité. Aujourd’hui nous sommes parvenus à vendre 80% de ces terrains à des grands groupes comme Véolia ou Bouygues. Nous avons fait aussi énormément pour le trafic vernoliens : nous avons refait les routes, construits des carrefours et remis en état le centre ville. Toutes ces initiatives ont contribué à redorer l’image de notre ville et les habitants sont témoins de ce changement. Il ne faut pas s’endormir sur ces lauriers pour autant mais je crois que nous sommes sortis de nos difficultés majeures. Tout cela sont des changements visibles mais je crois avoir mis autant de rigueur dans l’invisible c’est-à-dire dans des chantiers tels que l’induction d’eau et l’assainissement. Il y eu beaucoup d’investissement pour remettre en norme le réseau de distribution d’eau. C’était une nécessité, vu la violence de nos orages je ne pouvais pas prendre le risque d’une catastrophe. Au niveau des écoles, au bout de sept ans, elles ont toutes été remises en état : ravalement, mise en sécurité, agrémentation des cours d’écoles. Je finis en ce moment même l’école maternelle La Garenne. J’ai été très vigilant à ce sujet, chaque année je me suis efforcé de financer obligatoirement une école. Et puis, on a rénové les chaudières, on a repensé notre fonctionnement énergétique. Tout cela feront évidemment des économies. Et puis, il y a l’intercommunalité. Dans quelques années, nous verrons à quel point nous avons eu raison de l’avoir créée.

Justement, quels sont la place et le rôle de Verneuil dans cette intercommunalité ?

Aujourd’hui, c’est la ville la plus importante. De ce fait nous avons un poids politique que je défends. Nous avons également comme d’autre ville un fort potentiel, je ne suis pas dans une situation où je vais bénéficier de l’intercommunalité sans y apporter ma contribution. Dans ce cas là vous êtes en position de faiblesse et c’est plus difficile de vous faire entendre. Cependant, la richesse de notre intercommunalité est de n’avoir aucune ville qui domine une autre. Nous apportons et contribuons tous de la même manière et notamment en matière du foncier, Triel par exemple a d’énormes réserves foncières. Depuis que Carrières-sous-Poissy est entré dans l’intercommunalité Peugeot ne cesse d’y investir. Nous avons des recettes importantes. A Chanteloup-les-Vignes sur la zone d’activité, nous sommes en pourparlers avec plusieurs entreprises car elles veulent maintenant s’implanter. L’intercommunalité est un outil qui nous permettra d’évoluer rapidement.

« J’ai remis Verneuil sur une bonne voie, durablement. »

Êtes-vous satisfait de votre action ?

Oui même si cela peut paraître présomptueux. Un certain nombre d’indicateur me font penser que cette ville est appréciée, c’est donc que quelque part l’action municipale a été valorisante pour la commune. Cependant, il y a encore beaucoup à faire, disons que nous sommes sur de bons rails. Je crois que j’ai remis Verneuil sur une bonne voie, durablement. Dans les perspectives d’évolution de la ville notamment sur le développement culturel, sur l’urbanisation de la gare de triage et sur la zone des trois étangs, il y a des futurs recettes pour notre commune et nous possédons déjà les équipements, ainsi profiterons nous de nouvelles rentrée d’argent sans avoir autant à dépenser que ces dernières années. Nous essayons de préparer au mieux l’avenir. Nous allons remplacer la pelouse du terrain de football par un terrain en synthétique, cela va nous coûter 800 000 €. Nous allons obtenir 70% de subventions. Mais au niveau du fonctionnement, cela va nous rapporter. L’entretien est nettement moindre et donc les coûts de fonctionnement vont diminuer. Un investissement est bon si les coûts de fonctionnement nous reviennent moins cher.

Le maire de Triel, Mr Houllemare, dit que sa ville est pauvre habitée par des gens riches, est ce le même constat pour Verneuil ?

Je ne dirai pas tout à fait cela. D’abord car nous n’avons pas la même population, j’ai la chance d’avoir à Verneuil 24% de logement sociaux. C’est une vraie chance car cela veut dire que j’ai un équilibre dans la population. J’ai beaucoup de jeunes, j’ai une population intermédiaire et comme à Triel j’ai des quartiers aisés mais une mixité naturelle s’est formée. Cependant financièrement la ville n’est pas riche même moins riche que Triel, pourquoi ? Car nous bénéficions de la dotation de solidarité urbaine et du Fond de Solidarité de la Région Ile-de-France (FSRIF), ce sont des montants importants. Mais pourquoi y avons-nous droit ? Parce que nous avons des logements sociaux que Triel n’a pas et n’aura jamais. Tout est une question de choix. On ne veut pas faire de logement sociaux, d’accord, mais alors il faut dire à la population que la ville n’aura pas beaucoup de recettes ni de ressources et que c’est à eux de contribuer de plus en plus. Si la population est d’accord avec ce mode de fonctionnement alors il faut assumer. On ne peut pas au bout de plusieurs années dire : ma ville est pauvre habitée par des gens riches. C’est un choix de ville. Nous à Verneuil, dans les prochaines constructions d’habitation de la ville, nous avons presque 29% de logements sociaux car je ne veux pas que mon taux diminue. C’est une bonne chose pour la ville, cela pérennise nos recettes.

« Si on dit la vérité et que l’on se base uniquement sur les projets, je suis confiant. »

Allez vous briguez un nouveau mandat de maire ?

Oui. Bien sûr.

Vous présenterez vous aux cantonales ?

Oui. Pourquoi ? Car il faut se développer. Des villes seules dans leurs coins n’y parviendront pas. On a besoin des autres politiques. Il faut qu’on participe à la vie du Conseil Général. Cette participation doit faire valoir notre département. Il faut encore travailler pour attirer les entreprises, il faut répondre aux besoins de logement et de transport de nos concitoyens, tout cela sont des sujets importants traités au niveau du département. En me présentant au Conseil Général, cela me permettra de travailler avec la majorité du département, celle de Pierre Bédier et de porter la voix du canton de Triel. Aujourd’hui, c’est la cacophonie qui règne ! Un seul exemple : le problème des centre commerciaux, comme joli bazar il n’y a pas mieux ! Pour que tout le monde s’entende, il faut prendre un peu de hauteur, il ne faut pas systémiquement être partisan.

Qu’allez vous proposer aux Vernoliens ?

Pour l’instant, je n’ai pas arrêté mon programme. Mon équipe est constituée depuis longue date, nous avons régulièrement des séances de travail où chacun s’exprime. Ce n’est qu’à la fin de ces travaux, vers mi décembre, que j’en ferai la synthèse et que j’en tirerai un programme.

Il y sept ans vous passiez avec 200 voix de plus que la candidate du Parti Socialiste, Mme Condolf, que craigniez vous ?

Ce que je crains : qu’on ne dise pas la vérité. Si on dit la vérité et que l’on se base uniquement sur les projets, je suis confiant. J’habite à Verneuil depuis 1973, j’ai assisté à toute l’évolution de cette ville. Je l’ai vécue en tant que citoyen, en tant qu’usager des services municipaux, en tant que conseiller municipal, de maire adjoint et maire. Cette expérience est intéressante car elle permet de mieux expliquer mes projets, sur l’intercommunalité par exemple qui est un sujet très compliqué.

Mr Tautou, en mars 2008 si vous n’êtes pas réélu, qu’allez vous faire ?

Si je ne suis pas réélu, c’est que ma campagne a été mauvaise. C’est que je n’aurai pas su expliquer le bilan de la municipalité, de ne pas avoir su mettre en avant le travail fait par mes amis. En 2001, on nous donnait six mois pour que tout vole en éclat, sept ans après nous sommes encore là. Rien est acquis mais je n’imagine pas ne pas être réélu, je me battrai jusqu’au bout.

projet : la construction d’une piscine intercommunale et d’un complexe sportif. Quand nous avons appris que la piscine n’était pas financée, nous nous sommes posés la question de continuer ou pas ce projet. J’ai demandé à l’époque à mon directeur des services techniques de chiffrer l’annulation du projet, il m’a répondu que cela reviendrait à presque 50% du coût final de l’opération. L’opération dans sa globalité coûtait tellement chère qu’il nous était inenvisageable de perdre 50% de ce montant. De la même manière, pour le complexe sportif aucun plan de financement n’avait été programmé. En 2001, on est donc en face d’acquisitions foncières très importantes, ainsi qu’à des records de facturation de plusieurs millions. Ces engagements financiers de la commune ont fait que le rapport d’audit fut très préoccupant car Verneuil ne pouvait pas payer. Nous nous sommes rendus à la préfecture pour discuter le problème. Deux possibilités ont été envisagées : la mise sous tutelle ou l’augmentation d’impôts. Nous avons refusé la mise sous tutelle, pour nous ce n’était pas imaginable. Nous avons donc, par voie de nécessité, augmenté les impôts. L’année d’après, je présente un budget avec une augmentation de 25% des impôts. Cela me permettait de rembourser ce que nous devions et d’entrevoir la réalisation du complexe sportif et de la piscine. Pour éponger l’addition de nos prédécesseurs, il fallait augmenter les impôts de 22%. Nous sommes allés jusqu’à 25% pour d’une part à ne plus avoir à les augmenter ultérieurement et d’autre part pour nous garantir une marge de manœuvre suffisante pour nous permettre de rénover la ville avec des changements visibles, comme l’aspect extérieur ou l’entretien des façades des écoles. Sans cela nous n’aurions rien fait.

Tout le mandat s’est fait dans cet esprit. Nous avons cherché le moyen de faire des économies au niveau des trois grands centres de dépenses : Béjart, l’école de musique et de danse et la résidence pour personnes âgées. J’ai demandé à tous mes adjoints de faire des économies, chacun dans son domaine afin de faire autre chose. Cela a été aussi un travail en interne, chose qui ne se voit pas, dans notre propre organisation de la mairie.

 

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