Le journal local « les Nouvelles de Triel et des Deux Rîves » a interviewé le Maire de Verneuil, Mr Tautou, sur des sujets diverses, comme l’Intercommunalité, le projet de construction de logements sociaux sur le terrain du collège, ou encore le traitement des eaux de Meulan-Les Mureaux.
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L’interview
Philippe Tautou fait preuve de lucidité face aux enjeux de cette opération qu’il qualifie comme « l’avenir de l’ensemble de nos communes ». Ce travail de longue haleine n’ébranle en rien sa confiance et son optimisme de voir un jour s’ériger la communauté de communes de la boucle de Seine.
NT2R : Mr Tautou, quelles ont été vos motivations pour adhérer au projet de l’intercommunalité ?
Philippe Tautou : Il faut déjà signaler le fait que
80% de la population française vit en
intercommunalité excepté la région parisienne.
Les communes de cette région ont par conséquent
pris du retard. Un retard qui s’explique
d’abord par le régime particulier de l’Ile-de-France mais aussi par le sentiment que ces communes
sont quasiment autonomes et qu’elles possèdent
suffisamment d’équipements.
Demain la question sera la gestion de ces équipements
et l’adaptation de ceux-ci aux besoins
réels de la population. Seule l’intercommunalité
peut y répondre. Elle permettra de donner à l’ensemble
de nos projets leurs vraies dimensions.
Pour vous donner un exemple : à Verneuil, nous
avons reconstruit une piscine qui s’adresse aux
populations de Verneuil et de Vernouillet, c’est
un équipement qui coûte excessivement cher à
la ville (5,5 millions d’euros soit 30 millions de
francs). Avec l’intercommunalité, une piscine
aurait été faite avec comme objectif une population
de 65 000 habitants et non plus 25 000
comme c’est le cas. Aujourd’hui, à cause de l’affluence
massive, certains se plaignent déjà de ne
pas pouvoir y accéder. C’est-à-dire que vous donnez
à vos projets plus de chances d’avoir dans
l’avenir la possibilité de répondre aux réels besoins
d’une population.
C’est le moyen de réaliser des projets qui aient
une taille compatible avec une bonne gestion.
Nous ne pourrons plus demain gérer nos villes
comme nous l’avons fait par le passé.
De plus, ce qui a été déterminant pour moi c’est
qu’à Verneuil, depuis des années, le développement
économique a été quasi-nul. Les recettes
de la taxe professionnelle représentaient moins
de 9% des recettes de la commune. Autant dire
que cela ne pèse pas.
La question, alors, a été de savoir si nous pouvions
par nos propres moyens remédier à cet état
de fait et apporter de nouvelles recettes. La réponse
est évidente : c’est non.
Qu’est ce qui ferait que des entreprises d’un seul
coup viendraient s’installer à Verneuil alors que
depuis des années elles ne l’ont pas fait ?
L’intercommunalité permettra de faire en sorte
que notre environnement direct soit un environnement
tiré vers le haut et pour cela il faut une
entraide entre les communes sinon, tout seul,
c’est impossible.
Quels sont les projets de l’intercommunalité ? Vu de la population, il ne semble y en avoir aucun. L’intercommunalité ne construirait-elle pas son projet en fonctionnant, c’est-à-dire petit à petit et donc sans base préalable réelle ?
Cela se passe effectivement ainsi pour
l’intercommunalité comme l’opération d’intérêt
national (O.I.N). Quand on me demande
aujourd’hui quel est le projet de l’O.I.N, ma réponse
est « je ne sais pas ».
Quand vous regardez quelle est la structure de
l’intercommunalité et qu’est ce qui doit être obligatoirement
mis en commun, vous avez l’aménagement
du territoire, rien que cela n’est pas facile
à gérer : regardez la guerre entre Vernouillet
et Triel, c’est l’exemple type d’une aberration
totale sur le problème de l’aménagement du territoire.
Vous avez dans une intercommunalité l’obligation
de réfléchir à votre territoire, dans le passé
et suivant une logique de développement économique,
toutes les communes étaient en concurrence
ouverte, l’intercommunalité peut servir
à raisonner ces situations en mettant en commun
sur un territoire défini le meilleur de chaque
commune et d’en faire bénéficier l’ensemble
du territoire. Rien que ça, c’est un vaste projet
qui en vaut la peine.
Maintenant la définition de ce que l’on met au
niveau de l’aménagement du territoire, la définition
de ce que l’on veut au niveau du développement
économique, la définition de ce que l’on
veut en termes de logements, tout cela ce sont
des études qui viennent après et non pas avant.
Toute intercommunalité s’est construite de cette
manière. L’intercommunalité est l’avenir de l’ensemble
de nos communes.
Ce qui est certain dans les années qui viennent,
c’est que l’on n’aura pas une diminution de la fiscalité
mais seulement une augmentation, alors il
va falloir dire les choses clairement aux gens :
les moyens financiers des villes, plus cela va moins
elles en ont. Il n’y aura pas une ville dans les 5
ans qui ne va pas augmenter ses impôts. Pourquoi
?
Demain, nous allons mettre la voirie en commun
; quand vous regardez dans chacune des villes
l’objectif principal est que le citoyen ne voie
pas de différences entre ce qui s’est passé jusqu’à
maintenant et ce qui continuera de se faire
à partir de 2007. Pour cela ce n’est pas en reprenant
toutes les équipes de chaque commune qui soulagera la tâche, au contraire vous l’aggravez.
Mais c’est de dire aux équipes qui sont en place,
vous restez en place par convention ; mais au
niveau de l’intercommunalité, nous allons commencer
à gérer l’ensemble de la voirie. Mais tout
cela va demander des années, j’en suis intimement
convaincu.
L’erreur que l’on est amené à faire c’est d’imaginer
que du jour au lendemain l’intercommunalité
aurait atteint ses objectifs à très court terme juste
pour justifier le fait qu’on soit en
intercommunalité. Une méthode s’impose. Et
c’est d’abord d’assurer nos propres ressources,
c’est fondamental. Avant de faire des projets visibles
pour nos populations, il faut réfléchir sur
les capacités de l’intercommunalité de développer
des projets qui seront capables de lui assurer
son propre financement sans tenir compte
de aides de l’Etat. Donc, il convient déjà d’accélérer
le développement économique à l’échelle
intercommunale pour retrouver un équilibre territorial.
Lorsque l’on a décidé notre intercommunalité,
tout le monde nous a pris pour des fous en se
disant qu’ils veulent se mettre ensemble sur un
territoire qui semble ne pas être intéressant, avec
plein de handicaps, avec des villes qui ont plein
de disparités. A l’extérieur cette initiative a interloqué
pas mal de monde. Je constate
qu’aujourd’hui il y a une certaine hâte pour savoir
ce que nous allons faire de notre territoire :
l’Etat qui nous regarde de près, la région qui se
mêle de ce qui ne la regarde pas en proposant
moult propositions via le SDRIF pour aménager
notre territoire. C’est donc que notre espace est
intéressant puisqu’il suscite tant de convoitises
et nous en étions convaincus.
Maintenant il faut travailler en commun en respectant
le principe de subsidiarités, cela ne sert
à rien de déléguer quelque chose si vous êtes
vous-même en mesure de le faire mieux que quiconque.
Si je mets quelque chose en
intercommunalité, c’est que je pense qu’elle sera
à même d’apporter plus.
Si l’on comprend bien, l’intercommunalité
n’existe pas ?
Non. Elle n’existe que sur le papier, mais aux
yeux de la population elle n’existe pas. Elle ne sera pas visible avant plusieurs années. Encore
une fois, il ne faut pas être impatient. Tout l’intérêt
de ce projet se verra dans quelques années.
Les projet de centres commerciaux
de Triel et de Vernouillet
Quel est votre sentiment sur la volonté
de se voir construire un centre commercial
cial sur la plaine de Triel ?
Dans une perspective classique de développement
économique, il est légitime que le maire
de Triel sur son territoire ait voulu faire une ZAC
et ait décidé au fur et à mesure de vouloir faire
une zone commerciale. En tant que maire, rien
n’est à lui reprocher. De la même manière à
Vernouillet, avant l’équipe municipale actuelle,
le projet avait déjà été étudié par l’ancien maire
pour tenter de valoriser le terrain d’Eternit. Rien
n’empêche un maire de vouloir favoriser son territoire.
Voilà mon discours en tant que maire. Mais je
suis aussi, dans l’intercommunalité, vice-président
chargé de l’aménagement, et là c’est un autre
point de vue.
Il faut y voir l’intérêt désormais de
l’intercommunalité. Si ce projet ne correspond
pas aux besoins de l’intercommunalité : il faudra
se battre pour que ce centre commercial ne se
fasse pas. Personnellement, je pense que consacrer
la totalité des terrains de la Cerisaie pour
faire 35 000m² de centre commercial n’est pas le
genre de projet qu’il faut favoriser.
L’épandage
Concernant le traitement des eaux de
Meulan-Les Mureaux (cf. NT2R n°62), où
en est ce projet ?
C’est un projet qui est lié à la station d’épuration
des Mureaux. Effectivement, le sujet a soulevé
quelques inquiétudes notamment dues aux risques
de pollution mais je peux vous garantir que
les contrôles sont stricts et nombreux. D’ailleurs,
notre épandage nous le faisions dans le Val
d’Oise, il aurait été donc fort déplacé et maladroit
de répondre négativement à mon collègue
des Mureaux. Il y a un certain nombre de précaution
à prendre, mais faisons confiance aux élus.
Quelles sont les échéances de ce projet,
quand est-ce que ce sera mis en place ?
Maintenant, c’est la DUP (Déclaration d’Utilité
Publique) et le préfet qui diront aux Mureaux s’il
peuvent réaliser leurs programmes. A mon avis,
cela va suivre son cours.
Cession au Conseil général d’une
partie de terrain du Collège Jean
Zay
Une partie du terrain du collège reviendrait à la mairie (cf article) et votre
volonté serait d’y construire des logements
sociaux. Verneuil est-elle en manque de
terrain constructible et quelle est la part
de logements sociaux dans votre ville ?
Le problème ici est le suivant : le département a
fait de gros travaux dans les bâtiments, il a ensuite
demandé à la ville de rétrocéder l’ensemble
des bâtiments et du terrain. Je pensais que
cela avait déjà été fait et que le propriétaire était
le département. Mais ce n’était pas le cas et on
m’a demandé si j’étais d’accord pour le rétrocéder.
Ma réponse fut affirmative tellement cela
semble évident.
J’ai tout de même prévenu sur les limites du terrain
que l’on rétrocède car je n’avais pas l’intention
de rétrocéder la totalité. En effet, juste à
coté j’ai un projet de construction de logements
sociaux.
Ensuite, il semblerait que ce discours ait été rapporté
de façon biaisée au collège. J’ai donc rassuré
le principal en lui disant qu’il n’était pas
question de construire un bâtiment en plein milieu
de ce site.
Quant à la proportion de logements sociaux à
Verneuil, elle est de 24%. Je n’ai donc pas de raison,
vu que ce taux est au-delà que ce que prévoit
la loi, de construire n’importe quoi n’importe
où (la loi prévoit un seuil minimum de 20%
de logements sociaux par ville).