Soirée hommage à Aimé Césaire à Triel-sur-Seine
jeudi 27 novembre 2008

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Père de la « négritude », concept qu’il avait créé dans les années 1930 avec Léopold Sédar Senghor, Aimé Césaire (1913-2008) était le patriarche des lettres antillaises et, plus généralement, des lettres francophones. Triel sur Seine lui rend un hommage en diffusant un documentaire le 28 novembre, à 20h30, au théâtre Octave Mirbeau.
 
Le Dragon Bleu

Aimé Césaire : les mots de la lutte

Quel aspect de son Å“uvre laissera la plus grande empreinte ? Son combat, aux côtés de son ami Senghor, pour la défense des valeurs du monde noir ? Son engagement politique en faveur de ses compatriotes antillais ? Ses poèmes, son théâtre et l’ensemble des textes qui ont nourri des générations d’élèves du monde francophone ?

Cet immense personnage, lui, se définissait avant tout comme un être humain.

Il fut tour à tour craint, critiqué, mais jamais renié. Même la jeune génération d’écrivains martiniquais qui ont pris leur distance par rapport à la négritude - pour se définir comme métis et créoles - reconnaît volontiers ce qu’ils doivent à ce père spirituel dont découle la liberté antillaise présente et à venir : « C’est la Négritude césairienne qui nous a ouvert le passage vers l’ici d’une Antillanité désormais postulable, et elle-même en marche vers un autre degré d’authenticité qui restait à nommer Â», écrivent le trio Chamoiseau, Confiant et Bernabé. « La Négritude césairienne est un baptême, l’acte primal de notre dignité restituée. Nous sommes à jamais fils d’Aimé Césaire Â».

Un poète, une écriture

André Breton, qui découvrit le Cahiers du Retour au Pays Natal dès 1941, dans le premier numéro de la revue Tropiques, ne s’y est pas trompé et l’a aussitôt salué comme un frère surréaliste et comme l’un des plus grands poètes de son époque.

Sa poésie, qui est une poésie "engagée" n’a pourtant rien à voir avec un discours politique, et dépasse largement le seul combat des antillais pour retrouver leur souveraineté dans leur propre pays, pour devenir un appel universel à la dignité humaine, à l’éveil et à la responsabilité.

Il ne s’agit pas ici de doctrine mais de pure poésie, une poésie exigeante, déconcertante, qui captive par l’originalité de ses images, et en même temps jamais gratuite, pleine de sens, urgente.

Initiateur avec Senghor de la Négritude, mouvement qui fit beaucoup pour redonner au peuple noir la fierté de ses racines africaines, il émaille ses poèmes, écrits dans la langue française la plus pure, d’expressions spécifiques à l’imaginaire des Iles où resurgissent des bribes de la culture africaine, sans jamais tomber dans le pittoresque ou le régionalisme.

La Négritude

Ce mouvement est né de la rencontre entre Aimé Césaire et Senghor, aidé du poète guyanais Léon-Gontran DAMAS. Les pensées de ces trois hommes se trouvent au carrefour de trois influences :

• La philosophie des lumières ; • Le panafricanisme ; • Le marxisme.

Les poètes de la négritude affirment haut et fort la grandeur de l’histoire et de la civilisation noire face au monde occidental qui les avait jusque là dévalorisées.

Aimé Césaire (à gauche) et Léopold Senghor.

Ils se refusent l’existence d’une essence noire mais veulent faire de leur identité nègre et de l’ensemble des valeurs culturelles du monde noir, une source de fierté.

Pour Césaire, il s’agit de bâtir une nation et de fédérer un peuple, en rompant un silence collectif.

Dans ses écrits, il aborde le thème du héros noir, du colonialisme, de l’émancipation, de la révolution, de l’Afrique et de la tyrannie.

Son œuvre, riche de sept recueils de poésie, de quatre pièces de théâtre et d’innombrables essais, demeure toujours d’une grande actualité. Paradoxalement, sa poésie est aujourd’hui peu connue en France, alors qu’elle est enseignée dans les grandes universités du monde entier, notamment en Afrique et aux Amériques où Césaire est considéré comme une des voix majeures de la littérature francophone et postcoloniale.

Cahier d’un retour au pays natal - extraits

Il me suffirait d’une gorgée de ton lait jiculi pour qu’en toi je découvre toujours à même distance de mirage - mille fois plus natale et dorée d’un soleil que n’entame nul prisme - la terre où tout est libre et fraternel, ma terre.

Partir. Mon coeur bruissait de générosités emphatiques. Partir... j’arriverais lisse et jeune dans ce pays mien et je dirais à ce pays dont le limon entre dans la composition de ma chair : « J’ai longtemps erré et je reviens vers la hideur désertée de vos plaies Â».

Je viendrais à ce pays mien et je lui dirais : Embrassez-moi sans crainte... Et si je ne sais que parler, c’est pour vous que je parlerai Â». Et je lui dirais encore : « Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s’affaissent au cachot du désespoir. Â»

Et venant je me dirais à moi-même : « Et surtout mon corps aussi bien que mon âme, gardez-vous de vous croiser les bras en l’attitude stérile du spectateur, car la vie n’est pas un spectacle, car une mer de douleurs n’est pas un proscenium, car un homme qui crie n’est pas un ours qui danse... Â»

Sources : http://www.franceweb.fr http://www.jeuneafrique.com http://www.toutelapoesie.com http://www.dicocitations.com http://ecrit.creole.free.fr

 
 
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Auteur(s) : MediaSeine
Publié le : jeudi 27 novembre 2008
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